Sentez cette odeur de chaos!
J’ai un voisinage bien particulier. Cinq ans que je vis dans ce bloc, et il y a ici quelque chose que je n’ai jamais vécu dans un autre appartement. Un sentiment d’appartenance. Se parler et se connaître entre voisins, vraiment, je n’avais jamais réalisé avant, comme ça pouvait être précieux.
On m’a accueillie à bras ouverts dès jour 1. Soudainement, je faisais partie intégrante d’une palette ma foi très colorée d’êtres humains aux vies disons… peu conventionnelles.
En cinq ans, j’ai eu le temps de voir partir et venir beaucoup de personnes. Certains sont plus dignes de mention que d’autres. Comme mon premier voisin d’à côté avec qui je partageais le balcon arrière. Un gars un peu cinglé, le genre hyperactif car autrefois tombé dans une marmite de Speed quand il était plus jeune, mais ô combien sympathique. Je ne sais pas combien d’heures on a pu passer sur le balcon lui et moi, à écouter de la musique, jaser, rire beaucoup trop fort, boire beaucoup trop de café, fumé beaucoup trop de joints. Ça me manque.
Bref. Vivre en communauté, c’est quelque chose de très beau. Quand tout se passe bien. Mais quand de nouveaux voisins débarquent et ne vivent que dans leur propre dimension, sans la notion du respect des autres... c’est l’effet d’une goûte de jus de citron dans un verre de lait.
Ces gens en question sont arrivés en bas de chez nous l’an dernier. La fille qui habitait là avant eux me faisait parfois chier, quand elle faisait jouer du reggaeton (le seul et unique style musical que je déteste à 100% sans compromis) à 7h le matin . Aujourd'hui, je m’ennuie d’elle.
Mes voisins d’en bas sont tellement bruyants que j’ai parfois l’impression qu’ils habitent en haut, que ce sont eux qui me marchent sur la tête. Il peut y avoir tellement de vas-et-viens que j’ai l’impression qu’ils sont 15 à habiter là-dedans (j’ai en fait, aucune idée de combien ils sont réellement) et c’est comme si tout le monde se faisait un devoir de descendre et monter les escaliers le plus fort possible, fermer la porte le plus fort possible.
Comme beaucoup trop d’appartements à Montréal, les murs sont pratiquement en carton, «isolés» à l’amiante. Minable. Idéal pour laisser passer le froid, le bruit et... les odeurs.
En bas, ça cuisine beaucoup. À n’importe quelle heure de la journée. Souvent des poissons entiers, avec la tête et tout le reste. L’utilisation de la hotte? Complètement optionnelle. Le plus souvent, c’est une odeur absolument fétide de marée basse qui circule dans l’immeuble au complet. C’est exactement comme se foutre le visage entre les cuisses d’une femme au PH démesurément déséquilibré, et respirer un grand coup. J’aimerais tellement vous dire que j’exagère.
Il y a quelques jours, l’odeur de leur cuisine était tellement puissante qu’elle est passée à travers les murs de mon appart. Dans l’aire commune, les escaliers; c’était suffocant. Rien de moins. Je pèse mes mots, ici. Imaginez une odeur concentrée d’une quantité monstre de soupe Lipton, mais en solution saturée (autant de poudre jaune que d’eau, c’est-à-dire), mêlée à l’haleine de quelqu’un qui n’aurait mangé que des oignons pour déjeuner. C’est précisément ce que ça sentait. Encore une fois: comme j’aimerais exagérer ! MAIS NON !
Chaque fois que ça arrive, je vous dis bien franchement, ça me met en beau tabarnak. Et je vous dirais même; de plus en plus. J’ai scotché et allumé trois bâtons d’encens à trois endroits différents sur les rampes d’escalier. Puis je suis partie sur la mentalité que peu importe l’odeur qui pourrait circuler, rendu là, ça n’a plus d’importance. Rien ne pourrait être pire que ce que ces locataires font subir à tout le monde.
J’ai descendu les escaliers, un joint au bec, et me suis placée devant la porte d’entrée, juste en haut du peu d’escaliers à descendre pour être devant leur porte. Et j’ai allumé le joint. À l’intérieur. Non sans montrer un doigt d’honneur en direction de la porte de mes voisins. En un rien de temps, j’ai fait circuler l’odeur du weed partout, et j’en avais, purement, rien à foutre. Quel feeling extatique!!! La satisfaction, je vous dis pas.
Maintenant certains d’entre vous vont penser que je fais partie du problème. Vous avez raison! Mais écoutez, aucun locataire n’est parfait, ici. On a tous nos défauts. Mais l’odeur de cannabis était déjà bien courante ici, même bien avant que je ne fasse partie du décor! Et je vous promets que même pour un non-fumeur d’herbe, cette odeur se tolère infiniment mieux que ce que les gens en bas nous font subir depuis leur arrivée.
Le problème avec la réalité de vivre en communauté, c’est qu’aussitôt que quelqu’un ne sait pas le faire, l’équilibre est ébranlé. Et la porte s’entre-ouvre pour laisser passer le chaos. J’en suis la preuve, le joint au bec. J’en ai plus rien à branler.
À une prochaine fois, bande de vous-autres!